Heavy Rain fait partie de ces jeux qui ne laissent personne indifférent et font naitre beaucoup de débats. Aussi, lorsqu'on nous propose de participer à une avant première digne d'un film de cinéma, on n'hésite pas et on fonce sur le terrain. Malheureusement pas de photos, votre courageux envoyé spécial avait les mains trop prises par les petits-fours pour s'en occuper. Résumé d'un courageux rédacteur qui a bravé le froid et les spoilers pour vous.
Comme au cinéma
Il est 19h00 et je vois que je ne suis pas le seul à être présent et à trépigner, pourtant les portes ne doivent ouvrir que dans une demi-heure. Une salle de cinéma sur l'une des plus belles avenues du monde, un beau symbole pour un jeu qui se veut aussi proche du 7ème art et surtout une création française, autant vous le rappeler encore.
Les conversations vont bon train, je me contiens d'expliquer ce qu'est un Beat Them All lorsque j'entends un confrère dire que Bayonetta est un jeu à peine moyen et très surnoté ; après tout, tous les goûts sont dans la nature. Un homme me demande si c'est bien ici qu'a lieu l'avant première d'Heavy Rain, il cherche quelqu'un avec qui rentrer, je refuse poliment mais je reste surpris de voir que des gens cherchent à tout prix à entrer pour cette première. Adossé à l'escalier, j'attends l'heure fatidique quand soudain, sorti du métro comme si de rien n'était, David Cage passe à quelques centimètres de moi. L'homme tout sourire semble confiant, quelques bises, des poignées de mains échangées et le voici qui pénètre dans le cinéma. Comme un déclic, la foule des invités et des journalistes se presse vers le tapis rouge, it's show time !
Une demi-heure plus tard, je finis tout de même par entrer. Entre temps, nous avons eu le droit au défilé de stars plus ou moins dans le coup : Cyril Hanouna s'amuse avec GameOne et " l'asiatique du Jamel Comedy Club " (qui se nomme aussi Frédéric Chau), les acteurs de Heavy Rain posent pour les photos, Titoff fait une entrée sans s'arrêter et certains disent avoir aperçu Matthieu Kassovitz. Fred Moulin fait plusieurs prises devant la foule pour le "Journal des Jeux Vidéo" de Canal +, peut-être aurez vous l'honneur de voir mon crâne dépasser si vous regardez l'émission, tandis que M6 et NRJ filment le tapis rouge. Des chaînes nationales sont présentes pour un jeu vidéo sans un fait divers macabre qui l'accompagne, incroyable. Les touristes et les autochtones s'arrêtent, prennent des photos et demandent qui est là, ce qu'il se passe. Mais il est quand même temps pour moi d'aller se réchauffer.
Force bleue
Après avoir dit que je venais de la part de LiveGen, et forcément eu les hommages qui s'imposent, on m'attache un bracelet bleu au poignet. Certains journalistes essayent d'obtenir des rouges qui seraient rares, en fait il ne s'agit que de ceux des anglophones, car il s'agit bien d'une avant première mondiale. Muni de mon passe bleu, on m'invite à pénétrer dans le salon afin de profiter du cocktail en attendant la projection. A peine entré, je tombe nez-à-nez avec Jacqui Ainsley, la sublime actrice qui a prêté son corps à Madison Paige. A peine remis de ces émotions, je dois naviguer entre les interviews, j'en profite tout de même pour écouter les mots de David Cage, l'homme croit en son projet et semble impatient de voir la réaction du public.
Des bornes offrent la possibilité de tester un peu le jeu, mais pas le temps de s'amuser, on convie les non-rouges en salle de projection. Je trouve une place un peu à l'écart du brouhaha et j'en profite pour jeter un coup d' oeil au sac cadeau qui se trouve sur le siège. Un club sandwich poulet-crudités, un petit muffin chocolat et une bouteille d'eau, on sent que c'est un jeu français, on n'oublie jamais la nourriture et la célèbre hospitalité frenchie. Déjà plus de 20h00, je déguste ce "diner" en feuilletant le document presse qui s'était caché derrière la nourriture. Rien de très nouveau pour l'instant, mais je m'interromps alors qu'une bande annonce de Heavy Rain fait place à l'écran jusque-là vierge. Puis vient un making-of très instructif où l'on nous parle du fameux scénario de 2000 pages, Matthieu Kassovitz discutant avec David Cage à l'écran où le réalisateur juge même Heavy Rain comme le 2001, l'odyssée de l'espace du jeu vidéo, voire le compare à Citizen Kane. On apprend aussi que les scènes de nues de Madison seront vues de derrière au Japon, interdit de montrer plus qu'une paire de fesses. En voyage aux États-Unis, c'est la scène où Madison manie une lampe qui fait débat, sauf qu'on aperçoit ce qu'était cette même scène avant et je n'en dirais pas plus pour ne pas choquer les hommes et leur virilité. La censure est un parcours du combattant et Cage se demande si un Full Front Nudity est envisageable même avec une classification + de 18 ans. Heavy Rain se veut mature et souhaite interpeler le joueur. Si ce sont les scènes de nus qui sont à l'honneur, c'est pour mieux expliquer ce côté mature car ce type d'exemple frappe de suite, parler de la violence psychologique du soft étant beaucoup plus difficile à décrire de façon rapide. Sinon, on verra aussi les acteurs au travail et une partie des séances de Motion Capture. L'occasion d'admirer le travail impressionnant notamment sur la mo cap des visages où les acteurs ont du jouer toutes leurs repliques avec des capteurs plein le visage.
Une interview de David Cage clôt les films annonces, là encore on parle du scénario géant, d'Abbey Road et du fait que le monsieur a eu deux bouts de doigts coupés lorsqu'il était petit, il n'a pas perdu son talent dans l'opération, ça c'est sûr. Point intéressant soulevé par le réalisateur, scénariste et game designer de Heavy Rain : sa vision du jeu vidéo. Il ne s'est jamais caché d'espérer voir le medium évoluer vers quelque chose de nouveau et sortir du schéma : Jeu vidéo = action et dénué d'émotions. Son sentiment actuel est mitigé, il pense que c'est du 50-50, il ne sait pas encore si notre loisir adoré peut évoluer bien plus rapidement que ne l'a fait le cinéma pour offrir des jeux uniquement basés sur les émotions. Pour bien démarquer les jeux du cinéma, Cage dit que ce n'est pas tout de suite que l'on verra une création qui osera aborder et raconter de manière subtile un sujet aussi délicat que ce qu'on peut voir dans Le secret de Brokeback Mountain. Je note au passage qu'un exemple de The Watchmen d'Alan Moore trône dans sa bibliothèque. Décidément, cet homme a du goût.
De la réalité au virtuel
Après la troisième diffusion du même film, l'écran s'éteint. J'entends alors du bruit derrière moi et en me retournant, je découvre que le casting complet de Heavy Rain est en train de s'installer sur les deux rangs juste derrière le mien, l'occasion pour moi de comparer les acteurs réels à leurs doubles virtuels et le résultat est bluffant. La présentatrice arrive, toute l'équipe était en présentation dans une autre salle pour les anglophones, elle invite Guillaume de Fonaumière, le producteur et David Cage à la rejoindre. Très vite, ce sont les acteurs qui viennent sur scène chacun leur tour, accompagnés à l'écran de leur double virtuel et la ressemblance est on ne peut plus frappante. Pascal Langdale ouvre le bal, tout le monde a déjà compris qu'il joue le rôle de Ethan Mars, le visage à l'écran est le même que celui que je regardais quelque secondes auparavant descendant l'allée. Sam Douglas est Scott Shelby, pas de doute non plus sur Jacqui Ainsly qui n'a que les cheveux longs et blonds pour la différencier de Madison Paige. Leon Ockenden ferme finalement la marche des quatre principaux acteurs. D'autres sont bien présents mais je vais éviter de vous en dire trop.
Soudainement, Aurélie Bancilhon est appelée et je vois une demoiselle que j'avais croisée peu auparavant et dont le visage m'était étrangement familier. Il s'agit en fait de la comédienne qui a prêté ses traits au personnage de The Casting, la démo technique de Quantic Dream. Elle a aussi un rôle dans Heavy Rain, ceux ayant joué à la démo savent déjà lequel. La présentation des acteurs se conclut par l'arrivée du fils de David Cage, peut-être celui qui a le plus participé à la création du jeu avec son père puisque c'est en le perdant dans un centre commercial qu'est née l'idée de ce titre, sans parler de son travail de Motion Capture pour les personnages enfants.
Il est temps de passer à la surprise maintenant, un film de cinquante minutes représentant les premières heures du jeu, ou plutôt une version car n'oublions pas que l'aventure sera différente pour chacun. Je vous l'avoue, je pensais rester le plus vierge possible d'informations jusqu'à pouvoir prendre le jeu en mains, pour le coup c'est raté. Finalement, je me suis plongé avec plaisir dans ce que je voyais et j'avais l'impression de voir un film à l'écran. Toute la session de jeu n'a pas été détaillée, loin de là, de nombreuses scènes sont coupées afin de garder un certain rythme mais il faut se rendre à l'évidence : Heavy Rain est bien digne du 7ème art et en a les qualités. Comble du bonheur, j'ai eu le droit aux chuchotements des acteurs, placés derrière moi je le rappelle, et j'ai donc pu écouter leurs remarques. Bien qu'ayant vu Heavy Rain tourner de nombreuses fois, ils semblaient impressionnés par le résultat et s'amusaient de la ressemblance entre leurs avatars et eux-mêmes.
La surprise du chef
Fin de la séance, j'ai du mal à quitter mon siège, le film se termine sur une scène tournée d'une façon magnifique et le "To be continued" apparu donne envie de courir dans une boutique déballer le jeu et passer la nuit à le parcourir. Manque de chance, il ne sort que la semaine prochaine. Tant pis, un petit tour au cocktail afin de voir s'il est possible de poser des questions à l'équipe me remontera le moral. Porteur d'un bracelet bleu, on me laisse entrer (oui, soit on est VIP soit on ne l'est pas). Il y a encore plus de monde qu'auparavant, les stars de la soirée sont prises d'assaut et l'espace libre se fait rare, surtout avec les nouveaux présentateurs qui sont arrivés. Décidément il ne sera pas possible de poser des questions ce soir, je prends donc mon manteau et remonte les marches vers le froid mordant. Juste avant de sortir, une hôtesse au grand sourire me tend un présent qui a la forme d'un boitier, qui a la texture du plastique et qui a le goût de la pluie en version intégrale. Le froid n'a plus d'importance, me voici réchauffé pour toute la nuit. A peine rentré qu'il est temps de vous faire un compte rendu avant de s'attaquer dès demain au jeu pour vous offrir un test le plus rapidement possible. Que voulez-vous, quoi qu'on fasse chez LiveGen on pense à vous et on fait notre possible pour vous faire plaisir...